ESTEBAN CLOT

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Il fut la révélation du FISE 2019, entrant en finale pro du haut de ses 15 ans ; un an plus tard, Esteban Clot revient encore plus mature, avec une assurance rafraîchissante et une popularité grandissante sur les réseaux. Plus de 40k abonnés qui se retrouvent à 18H30 pour le post quotidien et qui n’ont pas été timides lorsqu’il a fallu voter pour sa vidéo du E-FISE. Premier des qualifs, on se pose avec lui en amont du dénouement et à distance, pour évoquer cette année très, très particulière.

Salut Esteban, tu te présentes pour ceux qui ne te connaissent pas encore ?
Salut tout le monde je suis Esteban Clot, j’ai 15 ans. Ça fait maintenant cinq ans que je roule. J’ai commencé à Saint Peray (Ardèche, France) dans mon village où il y avait un tout petit skatepark, et au fur et à mesure je suis allé dans de plus grands parks.

Le Rough Rider club c’est ton spot local d’aujourd’hui ?
Oui, c’est le skatepark qui me permet de m’entraîner pour les grosses compétitions, c’est une super structure et j’invite toutes les personnes à y faire un tour parce que ça vaut largement le coup.

C’est notamment grâce à un financement participatif que ce spot fantastique a pu voir le jour, n’est-ce pas ? Tu as participé à l’effort j’imagine.
Oui, le skatepark n’est pas apparu sans aide, il y a eu l’occasion de donner de l’argent pour ceux qui le voulaient, moi j’avais donné aussi, parce que c’est fou de créer un spot comme ça, je les remercie énormément parce que sans eux mon niveau ne serait pas aussi développé, et j’espère continuer à progresser ici encore pendant longtemps.

« C’est fou de créer un spot comme ça. »

As-tu eu un mentor, quelqu’un de plus âgé qui t’a pris sous ton aile ?
Je ne dirais pas qu’il y a eu quelqu’un en particulier qui m’a pris sous son aile, mais mes parents ont quelque part ce rôle car ils essaient de me suivre un maximum et je les remercie pour cela. Il y a aussi souvent des pros riders qui me donnent des conseils sympas dès que j’en ai besoin.

L’an passé tu as enthousiasmé la foule du FISE, dans quel état d’esprit étais-tu venu à l’époque ?
L’année précédente, j’avais fait deuxième dans la catégorie junior/amateur pour les moins de 14 ans, et entre temps j’ai commencé à faire des compétitions locales en pro mais il n’y avait pas toujours des résultats. Du coup, je suis arrivé au FISE humblement, pas plus confiant que cela. J’y suis allé en me disant qu’il fallait que je voie de quoi j’étais capable, que je repousse mes limites, que j’essaie de donner le meilleur de moi-même sans rien attendre.

« Je suis allé au FISE en me disant qu’il fallait que je vois de quoi j’étais capable. »

Et là, tu entres dans la finale pro ! Raconte-nous un peu cette overdose d’émotion à la fin de ton run ?
Cette année il y avait de plus en plus de pros de partout, et quand je voyais le niveau des qualifications je me disais que c’était impossible, même mes parents me disaient que ça allait être très compliqué. En regardant les classements le soir même, je vois que je finis cinquième sur 80, c’était incroyable, j’étais bluffé. Même chose en demi-finale où j’arrive à me qualifier. Quand mon deuxième run de finale s’est terminé, il y a eu beaucoup d’émotion c’est vrai. Ça faisait beaucoup, une semaine à repousser mes capacités. Je créais mes petits exploits personnels à chaque tour, c’était fou. En finale je me suis dit qu’il fallait tout donner, il y avait les caméras et tout. Le premier run s’est un peu mal passé, ce qui m’a donné une pression supplémentaire et là ça s’est joué au mental. Le deuxième run est bien passé. À la fin c’était un soulagement, une émotion incontrôlable, et je rêve de revivre ça.

« À la fin c’était un soulagement, une émotion incontrôlable, et je rêve de revivre ça. »

Il s’est passé quelque chose de fort avec le public à ce moment-là, non ?Je les remercie tellement, c’était une ambiance de feu, et j’y repense souvent. C’est sûr que je n’oublierai jamais ce moment. Ça m’a fait avancer dans ma vision de mon sport, ça m’a confirmé à quel point j’adore en faire. J’ai hâte de faire la prochaine édition, en réel cette fois.

Avec le recul c’était très beau aussi de voir Dante (Hutchinson) te féliciter comme ça, non ?
Dante fait partie de mes riders types, c’est une star dans le monde de la trot’, j’étais fan, et le fait qu’il vienne me voir pour me féliciter a donné encore plus de saveur et de bonheur à cette finale.

En trois ans, tu es devenu un des meilleurs riders de la planète, explique-nous un peu ce qu’il en coûte pour atteindre un tel niveau ?Pour réussir dans ce sport, comme dans d’autres, il faut une bonne dose de mental parce que dans ce sport il y a des jours où ça ne passe pas, où on n’est pas à la hauteur et c’est à ce moment-là qu’il ne faut pas lâcher. Quand tout passe on se dit c’est trop bien, mais c’est dans les jours difficiles qu’on voit ceux qui en font par passion et non pas par ambition ou quoi.

« Dans ce sport il y a des jours où ça ne passe pas, où on n’est pas à la hauteur et c’est à ce moment-là qu’il ne faut pas lâcher. »

Avec ces premiers résultats en contest arrivent les premières rétributions. Qu’en est-il de l’aspect financier qui permet de se développer dans nos sports, de bouger sur les compétitions, de faire des trips pour progresser plus vite… En gros, dis-nous en quoi ça aide d’avoir de l’argent pour pratiquer.
On peut gagner de l’argent aux compètes, c’est vrai, mais s’il fallait que je sois indépendant, que je paie mon loyer, ce serait impossible de dépendre uniquement d’un prize money car déjà, on ne sait jamais ce qu’on va faire comme résultat. De plus, comme je n’ai pas encore 16 ans, je ne peux pas encore être payé, mais j’espère avoir des rétributions par la suite si je fais du bon taf. Avec les réseaux sociaux on peut aussi arriver à gagner un peu de sous, à travers des placements de produits ou en créant sa marque. Mais ça reste limité par rapport au skate ou en BMX où il y a plus de budget, avec des marques comme Nike SB ou Vans. J’aimerais bien rentrer chez ces marques car ça apporte de la sérénité, et comme on dit, si l’argent ne fait pas le bonheur, il y contribue.


À quel point l’épidémie du Covid-19 a-t-elle eu un impact sur ta pratique et ta progression ?
C’est vrai que ça a été un vrai problème, pas que pour moi mais pour tout le monde. Moi, j’ai la chance d’avoir un jardin avec un trampoline, alors je me suis fait une trot’ trampoline pour entretenir les bases, mais c’est pas du tout pareil. Ce n’était pas facile de partager du contenu varié sur les réseaux aussi. En clair, le confinement a mis énormément de barrières, notamment au niveau des compétitions ; et moi qui suis compétiteur, ça m’a bien bloqué. J’espère ne pas revivre ça.

En parallèle du E-FISE, le FISE lance le FISE Fundraiser pour permettre de rétribuer plus de riders que d’habitude, un prolongement du prize money en quelque sorte, que penses-tu de l’initiative ?
Je trouve ça très bien car moi qui ne gagne pas encore d’argent et qui vit encore chez mes parents, ça ne me pose pas de problème mais pour les autres pros qui sont plus indépendants, le Covid a été un vrai problème car il y a beaucoup de marques qui ont arrêté de les payer, et je pense donc que c’est une super initiative.

« Le Covid a été un vrai problème car il y a beaucoup de marques qui ont arrêté de payer les riders. »

Tu as le temps de te concentrer sur l’école tout de même, malgré toutes ces sollicitations et ces activations de sponsors que j’imagine on te propose souvent ?
C’est la chose primordiale pour moi et mes parents, ils veulent que je continue les études à fond, en tout cas jusqu’au Bac parce que c’est très important, on ne sait jamais comment ça peut évoluer, surtout dans ce genre de sport extrême.

Merci à toi !
Merci à vous de m’avoir invité à cette interview, et à très bientôt.